EST: Dunkerque > La Farlède

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Pour ce voyage, je me suis essayé au « bikepacking », un mode de cyclotourisme en pleine expansion, où l’on utilise des sacoches qui se fixent directement sur le cadre, au lieu des sacoches classiques s’accrochant sur des porte-bagages. J’ai opté pour la gamme « Expedition » de chez Apidura.
Beaucoup moins de volume disponible, cela suppose donc de n’emporter que le strict minimum. Pas de tente, de matelas ou de réchaud: je mise sur l’hospitalité des gens se trouvant sur mon chemin!
Je change également de monture, avec un VTT en carbone (Orbea Alma H30 2013), que j’équipe de pneus de voyage (Schwalbe Marathon Mondial 26″) et de poignées ergonomiques (Ergon GP3). Au total, un vélo de 13kg et 13kg de bagages, soit 26kg contre 50kg dans la configuration classique adoptée pour le tour des USA.
Embarquez pour un périple de 2150km de long et 32639m de dénivelé positif, longeant la frontière Est de la France, de Dunkerque (59) à La Farlède (83).

  • 23 septembre 2019: Dunkerque > Lille
    Distance: 93km, Dénivelé positif: 201m
    Après un weekend passé chez un ami à Clamart au sud de Paris, je me réveille de bonne heure pour rallier la Gare du Nord à vélo. Porter le maillot jaune sur les Champs-Elysées, ce n’est pas donné à tout le monde!
    Le train arrive à Dunkerque à 10h30, je me rends sur la plage de Malo-les-Bains et je mets les compteurs à zéro: ça y est ma traversée de la France du Nord au Sud, de la Manche à la Méditerranée, peut commencer.
    Je passe par la campagne belge pour me rendre à Lille. Question dénivelé, ce n’est pas encore les Alpes!
  • 24 septembre 2019: repos
    Le temps est changeant en ce premier jour de visite, mais il faut bon se réchauffer dans les estaminets, sortes de tavernes/auberges traditionnelles. Mais attention, dans le Nord on ne lésine pas sur la quantité et les calories!
  • 25 septembre 2019: Lille > Sains-du-Nord
    117km (Depuis le début: 210km), D+ 660m
    Dans ma traversée du bassin minier, je tenais à emprunter les pavés du Paris-Roubaix, et notamment le secteur mythique de la trouée d’Arenberg. Cette dernière avait été « découverte » par Jean Stablinski, coureur professionnel après avoir été mineur de fond à Arenberg, et introduite sur la course pour la première fois en 1968. Une stèle est érigée à sa mémoire au début du tronçon.
    « L’enfer du Nord » porte bien son nom, la pluie qui commence à tomber rend les pavés boueux et glissants. Moi qui croyais qu’il était tout à fait normal d’avoir des précipitations dans cette région, on m’apprend qu’elle sort tout juste de trois mois de sècheresse… « Tu nous apportes la pluie, merci! », me dit-on. De rien… Et ça n’est pas prêt de s’arrêter.
  • 26 septembre 2019: Sains-du-Nord > Saint Menges
    132km (342km), D+ 1094m
    Les premières collines des Ardennes contrastent avec le plat absolu du premier jour. Heureusement, je redescends sur la Meuse et me laisse porter sur la belle piste cyclable qui la longe. Je n’ai pas pu trouver de logement sur Charleville-Mézières et pour cause, je suis tombé en plein festival international de marionnettes!
  • 27 septembre 2019: Saint Menges > Luxembourg
    105km (447km), D+ 859m
    J’angoissais de ne pas pouvoir manger de vraies frites de friterie belge, car les gens d’ici mangent de bonne heure, et que lorsque la faim me venait à l’heure du sud, tout était fermé! Heureusement, à cent mètres de la frontière avec le Luxembourg, une dernière friterie ouvre à 17h45 pour le service du soir… Sauvé, j’ai ma pause goûter!
  • 28 septembre 2019: repos
    La ville de Luxembourg était une cité fortifiée réputée imprenable. Sauf que lorsque la « Gibraltar du Nord » finissait par être prise, les assaillants apportaient des améliorations aux murailles pour les rendre encore plus imprenables. Bourguignons, Français, Habsbourgs autrichiens et espagnols et Prussiens ont ainsi contribué à en faire un lieu militaire stratégique. Suite à la guerre austro-prussienne de 1866, le traité de Londres ordonne la destruction de la forteresse pour garantir la neutralité de la cité. Aujourd’hui, il est possible d’en visiter certaines portions restantes.
  • 29 septembre 2019: Luxembourg > Sarreguemines
    118km (565km), D+ 1076m
    Les plaines agricoles allemandes sont balayées par la pluie et un terrible vent de face… Heureusement nos voisins avaient anticipé et placé des éoliennes dans environ tous les champs. Je rejoins la rivière Sarre, également longée par une piste cyclable. Les usines désaffectées se suivent les unes après les autres; symbole de l’âge d’or de l’industrie sidérurgique, l’aciérie de Völklinger est aujourd’hui classée au patrimoine culturel mondial de l’UNESCO.
  • 30 septembre 2019: Sarreguemines > Riedseltz
    94km (659km), D+ 1367m
    Toujours de la pluie mais les premières maisons typiques d’Alsace égayent ma journée. Je traverse les forêts du Parc Naturel des Vosges du Nord dans le plus grand calme; je préfère ça à la tempête de la veille!
  • 1er octobre 2019: Riedseltz > Strasbourg
    97km (756km), D+ 284m
    Je rejoins la Véloroute du Rhin (Eurovélo 15) à Lauterbourg. Le réseau Eurovélo est un ensemble de pistes cyclables et voies vertes qui permettent de traverser l’Europe à vélo. Mais déception absolue, après avoir slalomé pour passer les usines, on ne peut pas profiter des berges du Rhin, car celles-ci appartiennent à VNF (Voies Navigables de France) et sont interdites d’accès. Obligé de rouler en contrebas du fleuve avec les voitures et les camions. Rageant quand on voit les cyclistes prendre leur pied du côté allemand…
  • 2 octobre 2019: repos
    Depuis plusieurs années, Strasbourg a donné priorité aux vélos pour se déplacer en ville. Sur chaque boulevard/avenue/ruelle ou presque on trouve des pistes cyclables larges et sécurisées. A des années lumières de Marseille…
  • 3 octobre 2019: Strasbourg > Xonrupt-Longemer
    114km (870km), D+ 1297m
    On attaque les choses sérieuses! Même si le voyage se voulait longer au maximum la frontière Est de la France et que j’aurais pu continuer à suivre le Rhin, je décide de m’accorder une petite excursion dans les Vosges.
  • 4 octobre 2019: Xonrupt-Longemer > Belfort
    106km (976km), D+ 2025m
    La véritable raison de ce détour était de monter à la station de sports d’hiver de la Planche des Belles Filles. Au programme du Tour de France depuis 2012 seulement, elle en est pourtant déjà un lieu mythique, avec une nouvelle étape prévue à la veille de l’arrivée sur les Champs-Elysées en 2020. 1h05 pour dompter les 6km et notamment une dernière côte à 22%… Bon ok Chris Froome l’a montée en 16 min, mais le gars peut-il se targuer de l’avoir fait sous la pluie, le vent, le froid, et avec 16kg de bagages? Je crois pas non!
  • 5 octobre 2019: repos
  • 6 octobre 2019: Belfort > La Chaux-de-Fonds
    108km (1084km), D+ 2088m
    Pas de miracle, la pluie continue de tomber au passage de la frontière suisse. En même temps pour être aussi verte… Pire, j’opte pour une route qui me semblait raccourcir le trajet mais qui m’a mené tout droit… aux Enfers! Effectivement après une montée en lacets diabolique, je me retrouve dans le village de « Les Enfers », où il ne faisait pas bien chaud.
  • 7 octobre 2019: La Chaux-de-Fonds > L’Abbaye
    90 km (1174km), D+ 1269m
    La Vallée de la Brévine est surnommée la « Sibérie de la Suisse » pour son microclimat très particulier, de part sa situation géographique qui allie haut-plateau et vallée montagneuse. La forme de cuvette fait stagner l’air froid, avec un record de -42°C en 1962!
    Parfois GoogleMaps est de bon conseil, et parfois non. Le bougre m’a fait passer par un chemin forestier boueux au possible et passant sur une propriété privée… l’algorithme devait avoir jugé que c’était un bon raccourci. Méfiance!
  • 8 octobre 2019: L’Abbaye > Genève
    73km (1247km), D+ 738m
    Pour une fois, pas de pluie. La descente sur le lac Léman à travers la forêt fait du bien après les montées des jours précédents. Le long du lac, de nombreux sièges sociaux, dont ceux de l’UEFA et de la FIBA, la « FIFA du Basket » où j’ai réussi à m’infiltrer pour une petite visite des locaux.
  • 9 octobre 2019: repos à Lyon (aller-retour en train)
  • 10 octobre 2019: Genève > Feissons-sur-Isère
    106km (1353km), D+ 974m
    Le tronçon Genève-Annecy est à vomir tellement la route est chargée, mais la suite le long du lac est fantastique… Ou comment passer d’un extrême à l’autre.
  • 11 octobre 2019: Feissons-sur-Isère > Tignes 2100
    75km (1428km), D+ 2216m
    Allez bon, là les vraies choses sérieuses commencent! Je remonte l’Isère jusqu’à Bourg-Saint-Maurice puis continue à monter jusqu’au lac de Tignes, pour une nuit à 2100 m d’altitude. Le Tour de France 2019 aurait dû y faire escale deux jours avant l’arrivée sur les Champs Elysées, mais un épisode de grêle très localisé et une coulée de boue rendirent la route impraticable. La course a donc été arrêtée avant la fin et Julian Alaphilippe perdit son maillot jaune au bénéfice d’Egan Bernal, qui ne le lâchera plus. Vous pouvez revoir le film de ce scénario improbable ici.
  • 12 octobre 2019: Tignes 2100 > Susa
    108km (1536km), D+ 2563m
    Avec ses 2770m, le col de l’Iseran est le plus haut col routier d’Europe. J’ai été chanceux que le beau temps m’accompagne, car deux jours plus tôt, le col était fermé pour cause de neige!
    Dans la descente, je veux sortir ma doudoune, mais la coquine m’échappe des mains et tombe dans un ravin. Je me dis qu’elle va être emportée par la rivière, et que je ne la reverrai plus jamais. Je décide de vérifier par moi même. Je cache donc mon vélo et prends un sentier descendant vers la rivière. Par chance (ou miracle c’est à voir), elle s’était coincée dans une petite retenue d’eau… Il aurait été dommage de perdre mon seul vêtement chaud.
    Cette péripétie m’a fait perdre un peu de temps, et je passe le col du Mont Cenis en fin d’après-midi. La descente finale sur Susa en Italie se fera de nuit, tant pis.
  • 13 octobre 2019: Susa > Briançon
    84km (1620km), D+ 3386m
    Si le Tour compte des cols de légende, le Giro d’Italia n’est pas en reste. Mais l’ascension du Colle delle Finestre est différente en cela que l’on gagne 1600 mètres d’altitude en 17 km de route, qui dans sa deuxième moitié n’est pas asphaltée, et dans une succession de lacets totalement dingue. Bien content d’arriver, mais il ne faut pas tarder… Avant de se reposer, reste à monter à Sestrières et Montgenèvre. Je repasse en France pour ne plus en ressortir.
  • 14 octobre 2019: Briançon > Embrun
    71km (1691km), D+ 1679m
    Après la folie des jours précédents, cette journée est presque passée comme une journée de repos. Il restait certes le col d’Izoard à passer, mais derrière, place à une descente infinie jusqu’à Guillestre, avant d’en terminer à Embrun.
  • 15 octobre 2019: repos
    Pour une fois que je suis chanceux avec la météo… Après cinq jours de ciel bleu, ce sont des pluies diluviennes qui s’abattent dans le Sud-Est de la France. Mieux vaut être au sec! Certains villages où je devais passer les jours suivant ont vu leurs routes momentanément inondées, ou coupées par des éboulis. 
  • 16 octobre 2019: Embrun > Jausiers
    63km (1754km), D+ 1092m
    Une étape courte en remontant la vallée de l’Ubaye. J’emprunte notamment la Transubayenne, une piste VTT qui comprend plusieurs tunnels dans l’obscurité la plus totale. Il est préférable d’être bien équipé niveau éclairage!
    Je traverse Barcelonnette, en pleine préparation du Día de los muertos. Cette fête mexicaine est ici célébrée car il existe une forte histoire entre la ville et le Mexique. Entre 1850 et 1950, 6000 à 7000 « Barcelonnettes » décident d’émigrer dans l’espoir d’y faire fortune. On note par exemple la réussite des frères Arnaud, dans le textile et la banque.
  • 17 octobre 2019: Jausiers > Valdeblore
    96km (1850km), D+ 2801m
    Grimpette matinale sur la plus haute route d’Europe… Attends quoi?? C’est pas l’Iseran?? Alors… Le col d’Iseran est bien le plus haut col routier d’Europe avec ses 2770m de haut, alors que le col de la Bonette-Restefond n’en est qu’à 2715m. MAIS… Du col part une route qui fait le tour de la cime de la Bonette, et qui elle est à 2802m. C’est un peu le jeu de qui a la plus haute…
  • 18 octobre 2019: Valdeblore > Beausoleil
    115km (1965km), D+ 2826m
    Passé la Colmiane, je m’attaque au col de Turini, connu pour être le passage du rallye Monte-Carlo. Je repère en fait la route pour les coureurs du Tour de France 2020, qui l’emprunteront lors de la 2ème étape, au départ de Nice.
    Enfin je fais la jonction entre les deux mers, à Menton, après 1940km. Petit aller-retour jusqu’à la frontière italienne parce que je suis perfectionniste et que je voulais dire que j’étais resté le plus prêts possible de la frontière, puis je file vers Monaco. Il se met à tomber des trombes, mais cela ne m’empêche pas de passer par les secteurs du Grand Prix de F1, virage du Grand Hôtel et tunnel en tête.
  • 19 octobre 2019: repos
  • 20 octobre 2019: Beausoleil > La Farlède
    185km (2150km), D+ 2144m
    Quoi de plus beau pour finir en beauté que de battre son record de distance? J’avais planifié ce scénario depuis le début, mais au plus l’étape s’approchait, et au plus je me disais « ça fait quand même une trotte ». Mais la chance m’accompagne, je bénéficie d’un fort vent de dos. J’ai enfin dépassé les 100 miles!!

Une super première expérience de bikepacking, qui m’aura permis de faire de grandes distances en peu de temps, et de ne pas être trop gêné dans l’ascension des cols! En plus, j’ai pu trouver à me loger chez des hôtes Warmshowers ou Couchsurfing tous les jours, à l’exception de deux fois où j’ai dû aller à l’hôtel. Le fait de ne pas pouvoir camper est quand même très limitant, et c’est pour moi le point négatif de ce mode de voyage, avec le fait de pas pouvoir prendre de souvenirs ou de tenue de rechange. Mais bon, ça oblige à se recentrer sur l’essentiel et ce n’est pas plus mal.
Pour les voyages plus lointains et plus longs à venir, je pense que j’opterai pour un format plus classique; mais pour ceux plus courts et pas trop éloignés de chez moi, le bikepacking me semble être le bon compromis entre poids du vélo et plaisir de voyager.

< Made in France

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